Interview Infiniters : Nolwenn Pamart

Une fois par mois, nous donnons rendez-vous à un Infiniter, une personnalité impliquée dans le jeu de rôle ou la narration. En octobre 2018, l’autrice Nolwenn Pamart a publié son premier recueil de nouvelles Le désespoir de l’affichiste (éditions Les deux crânes) et édité un recueil collectif 99 variations façon Queneau (éditions Vermiscellanees) !

Nous vous proposons une retranscription de l’interview : www.youtube.com/watch?v=DDXXvUYGUgE 


Caroline Viphakone : Bonjour à tous ! J’espère que vous nous entendez ? Bienvenue sur notre chaîne Youtube. Nous sommes le studio infinite, une communauté de jeunes auteurs en herbe qui s’entraident, qui échangent, qui partagent et on essaye de promouvoir l’écriture collective et ludique. C’est-à-dire d’écrire en s’amusant ensemble et en terminant nos projets. On propose des ateliers d’écriture avec des défis comme ce soir à 18h30 ici à l’Extra Life Café qu’on remercie énormément pour leur accueil. On est vraiment dans un cadre très sympatique. Le défi du jour, euh… c’est quoi déjà ? Qu’est-ce qu’on avait dit ?

Nolwenn Pamart : Travailler les dialogues !

Caroline : Voilà c’est ça ! Travailler les dialogues qu’on entend dans la rue et les replacer dans un contexte de littérature. On propose aussi des rencontres, des masterclass avec des auteurs, des professionnels dont la masterclass qui va avoir lieu avec Caroline Blineau, l’auteur des Pierres Ecarlates chez Nanachi édition qui aura lieu mercredi 17 octobre. C’est sur notre site studio-infinite.fr et la masterclass « Écrire une nouvelle » avec Nolwenn Pamart qui a lieu le lundi 5 novembre ici à l’Extra Life. On organise également tout ce qui est rencontres jeu pour initier les gens au jeu de rôle ainsi que des write-in. On se donne rendez-vous au Labo de l’Édition pour écrire. Fin de la présentation de mon côté et je vais vous présenter notre invitée du jour Nolwenn qui participe à toutes nos rencontres. Je crois que tu as tout fait !

Nolwenn : Oui, j’ai tout fait ! Tout testé !

Caroline : Et qu’est-ce que tu préfères ?

Nolwenn : Si je continue à tout faire, c’est que je n’ai pas encore trouvé la réponse.

Caroline : Ah d’accord ! Du coup, on est à l’Extra Life Café comme je le disais et il y a Ghislain qui nous accueille et qui va venir en direct. Ils sont trop gentils là-bas…

Nolwenn : Ils font des superbes milkshakes et thé glacé !

Caroline : Yep, très très bon… Et j’ai invité Nolwenn parce que comme je le disais tout à l’heure, on va bientôt faire une masterclass spécial nouvelle et en fait tu as écrit des nouvelles, c’est ta spécialité ! Tu peux nous parler de ton premier recueil ?

Nolwenn : Allez on commence par ça ! Le désespoir de l’affichiste c’est un recueil de 8 nouvelles historiques qui se passent toutes au XIXe siècle. Cependant elles traitent malgré tout de problèmes souvent assez contemporains. Du rigorisme religieux au besoin de reconnaissance, à des questions plus relationnelles ou à l’aliénation par le travail. Moult choses qui finalement concernaient les gens du XIXe et nous. C’est un recueil de nouvelles illustrées d’ailleurs.

Caroline : D’accord !

Nolwenn : Il est édité chez Les deux crânes.

Caroline : C’est un petit éditeur c’est ça ?

Nolwenn : C’est un petit éditeur associatif basé en Auvergne et j’aimais beaucoup leur univers graphique avec le logo des deux petits crânes, c’était un petit peu gothique.

Caroline : C’est joli les dessins !

Nolwenn : Et vraiment j’étais contente du travail qui a été fait, notamment celui sur l’illustration. L’illustratrice s’est vraiment basée sur mes textes et il y a pleins d’allusions au texte dans l’illustration. C’est un super travail et un vrai plaisir de travailler en collaboration avec cet éditeur.

Caroline : Et je me rappelle quand tu l’as amené en write-in, tu venais de le recevoir, tu m’avais dit que tu étais fière parce que tu avais réussi à mettre dans la biographie le fait que tu faisais du jeu de rôle.

Nolwenn : Eh oui ! C’est dedans.

Caroline : Dedans ? Exact. « Nolwenn Pamart expérimente l’écriture sous toute ses formes, du court exercice de style au scénario de jeu de rôle. A partir de 2015, elle se consacre au genre de la nouvelle notamment la nouvelle du XIXe siècle par laquelle elle évoque notre monde contemporain. Après je ne voudrais pas spoiler le reste.

Nolwenn : Alors en fait, il s’est passé ça dans sa vie !

Caroline : Oh mon dieu ! Ouais et du coup tu as réussi à caser ça. Ça te tenait à cœur du coup ?

Nolwenn : Oui ça me tenait à cœur parce que pendant très longtemps, j’ai séparé les deux. J’ai longtemps considéré que j’avais un blocage avec l’écriture et que j’avais cessé d’écrire pendant 7 ans. C’était un peu comment je racontais ma vie avant. Et après je suis allée aux ateliers d’écriture, j’ai discuté avec d’autres gens qui mêlaient jeu de rôle et écriture et qui ne se mettaient pas des barrières aussi hautes que moi en termes de pratique. Et je me suis rendue compte à ce moment-là, que je n’avais jamais cessé d’écrire. J’avais juste écrit différemment, j’avais écrit avec des gens et pendant ces 7 ans où je disais que j’avais arrêté d’écrire, je faisais du JDR textuel sur forum avec des amis et je créais des scénarios. Là, je tenais à le mettre parce que d’une certaine façon, c’était réconcilier toutes les parties de moi-même.

Caroline : Hum d’accord ! Et pourquoi tu voulais séparer tout ça ?

Nolwenn : Parce que j’ai fait la pire chose qu’on puisse faire quand on écrit. J’ai fait des études de lettres.

Caroline : D’accord !

Nolwenn : Et donc…

Caroline : Oui tu as fait une thèse sur un auteur du XIXe siècle c’est bien ça non ?

Nolwenn : Tout à fait ! Jean Tinan, il est très sympa ! Lisez-le.

Caroline : Et pourquoi est-ce que du coup quand tu fais des études de lettres, tu dis qu’il faut compartimenter ?

Nolwenn : Parce qu’il y a un petit peu le sérieux et le pas sérieux, l’institutionnel, le non-institutionnel et on a tendance à se poser des barrières en fait. Et on se rend compte que lorsqu’on les enlève, tout d’un coup, toutes les choses se nourrissent les unes aux autres. À la fois ma thèse, à la fois le jeu de rôle m’ont inspirés des choses pour les nouvelles qui sont dedans. Il y a d’ailleurs une nouvelle qui est tirée d’un personnage que j’ai joué en jeu de rôle.

Caroline : J’allais justement te poser la question ! C’est un jeune homme ?

Nolwenn : Non, c’est Félicité.

Caroline : Ah.

Nolwenn : C’est dans L’Amant de la Rosière.

Caroline : D’accord ok. Et c’est un personnage de forum RPG ou de jeu de rôle sur table ?

Nolwenn : De forum RPG !

Caroline : D’accord !

Nolwenn : La description du personnage tenait en une ligne. C’était tiré du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert. « Félicité toujours parfaite, votre bonne s’appelle Félicité et elle est donc parfaite. » Et je me suis dit : mais qui est Félicité ? quelle est cette bonne parfaite qui veut être parfaite ? Pourquoi ? J’ai creusé au niveau de tout ce qu’on demande aux domestiques au XIXe en termes de comportement, de moralité et j’ai imaginé quelqu’un qui essayait d’appliquer toutes ces règles à la lettre, au point que sa vie devienne une sorte d’enfer et où elle devient un enfer pour tout son entourage proche parce qu’elle est inhumaine en fait.

Caroline : Parce qu’elle est super exigeante avec les autres aussi pour qu’ils soient parfaits ?

Nolwenn : C’est ça ! Et elle est vraiment dans cette moralité XIXe siècle, de la petite bonne qui ne va pas sortir et je ne révèle pas la chute de la nouvelle mais l’idée c’est que cette volonté de perfection morale, religieuse est porteuse d’une forme de violence et de cruauté. À la fois de Félicité envers elle-même mais aussi de Félicité envers les autres.

Caroline : C’est marrant, je ne sais pas si tu as assisté à la masterclass de Ronan le Breton ?

Nolwenn : Oui !

Caroline : Il a toujours eu ce projet de faire découvrir des romans du XIXe siècle à des élèves mais sous forme de fanfiction.

Nolwenn : Oui avec Madame Bovary.

Caroline : Oui c’est les zombies dans l’univers de Madame Bovary, il y avait aussi Les Misérables revisités.

Nolwenn : Avec des mutants ?

Caroline : Ouais avec des mutants.

Nolwenn : Et Zola mais en space opera.

Caroline : Voilà c’est ça. Et du coup là ce que tu me dis, j’ai l’impression que ça fait comme une fanfiction ?

Nolwenn : Oui d’une certaine façon, c’est prendre un peu cette logique là et la pousser à son comble. Il y a beaucoup d’inspiration de texte. Il y a un autre texte qui est inspiré d’un fait divers par exemple.

Caroline : D’accord !

Nolwenn : On est plus dans la fanfiction mais dans la transformation du réel mais j’avais feuilleté la presse de l’époque et il y a un fait divers et des blagues absolument pas drôles pour le lecteur aujourd’hui mais moi je suis morte de rire parce que j’ai un très mauvais humour.

Caroline : Parce que tu vis au XIXe siècle en fait ! Tu ne nous l’as pas dit mais quand tu remontes, tu retournes dans le passé.

Nolwenn : Peut-être. Je remonte dans mon TARDIS.

Caroline : C’est ça ! Après un peu ce qui se passe à l’Extra Life. Parce qu’ici on est dans la salle manga mais à côté, on a la salle rétrogaming et c’était un peu l’impression.

Nolwenn : Oui c’est vrai !

Caroline : Il y a beaucoup de nouvelles au XIXe siècle qui sont inspirées de fait divers non ? Qui sont étoffées par les auteurs pour les transformer en nouvelles ?

Nolwenn : Oui, c’est quelque chose qui se fait beaucoup.

Caroline : Qui se faisait et qui se fait toujours ?

Nolwenn : Qui se fait aussi oui ! Mais même au niveau des romans. Stendhal par exemple Le Rouge et le Noir à la base, c’est un fait divers qui l’a inspiré et il a construit l’histoire autour. C’est un jeune homme qui dans une église a tiré sur une femme qui avait été son amante et il s’est dit : mais qu’est-ce qui justifie qu’il aille jusque-là ? Et c’est devenu un roman.

Caroline : D’accord. Tu me disais tout à l’heure, tu sais pour préparer la masterclass du 5 novembre ici, que tu avais regardé tous les types de nouvelles, de recueils de nouvelles qui existait et du coup, ça peut être une manière de faire. Ça peut être un roman, une porte d’entrée pour une nouvelle.

Nolwenn : Oui, oui aller dans les faits divers, c’est ce qu’on appelle « les chiens écrasés » c’est vraiment une très bonne source d’inspiration.

Caroline : Les chiens écrasés ?

Nolwenn : C’est comme ça qu’on appelle les rubriques de fait divers mais vraiment pas importantes parce que c’est les « chiens écrasés ».

Caroline : Quooooi ce n’est pas important un chien écrasé ? C’est ça que tu es en train de dire ? Fais attention… Bon, pardon vas-y continue.

Nolwenn : Bien sûr que c’est important ! Mais c’est important pour l’entourage du chien et pas pour des gens qui ne connaissent pas.

Caroline : Ah d’accord.

Nolwenn : Quoique… avec le retour de la défense des droits des animaux, c’est remis en question.

Caroline : Pardon. Mais de quoi on parle… ?!

Nolwenn : Hein quoi ?!

Caroline : Oui donc du coup, c’est ce genre de lobbies.

Nolwenn : Il y a vraiment plein de petites choses, de petits détails qui font vrais. Parce que la vie est vraiment assez bizarre telle qu’elle pour trouver pleins. d’idées, pour se lancer. Moi j’aime bien, c’est remplir les trous, me dire « mais qu’est-ce qui a amené à ça ? comment une personne a pu en arriver à cette conclusion ? »

Caroline : Et tu écris surtout dans du réalisme c’est ça ?

Nolwenn : Oui mais il y a aussi du fantastique. En fait, ça dépend des nouvelles. Il y a des nouvelles qui tirent vraiment très clairement vers le fantastique

Caroline : Donc on ne sait pas, y’a le doute en fait.

Nolwenn : Voilà.

Caroline : C’est intéressant.

Nolwenn : C’est notamment Todoroth qui a définit le fantastique comme ça : c’est fantastique quand il y a le doute.

Caroline : D’accord !

Nolwenn : On ne sait pas si la personne est complètement dingue ou s’il s’est vraiment passé un truc bizarre.

Caroline : Juste petite interruption pour dire qu’on a un tchat en direct donc si jamais vous avez des questions ou des choses à dire, n’hésitez pas. Je peux répondre, je suis multi-tâches donc pas de problème. Et oui, j’aurais du commencé par là mais c’est quoi une nouvelle d’après toi ?

Nolwenn : Alors il y a plein de définition, c’est ça le problème. Mais il y a quelque chose qui revient beaucoup, c’est que la nouvelle est quelque chose de bref. On considère qu’on va commencer à parler de roman à partir de 40/45 mots. En dessous, ça serait donc normalement une nouvelle, en prose sinon on est plutôt dans la poésie ou ce genre de chose. Et après, pour tout le reste, il y a débat.  

Caroline : Même là, de tout ce que tu dis ! Prose, poésie…

Nolwenn : Tout à fait ! Puis le poème en prose on le met où ?

Caroline : Parce qu’on a eu la masterclass avec Julien Baradon en août sur « jeu de rôle et poésie » et c’était la question de : qu’est-ce que la poésie ? Alors, qu’est-ce qu’une nouvelle ?

Nolwenn : La nouvelle en fait telle que je la définis, c’est quelque chose d’assez resserré. Mes nouvelles sont assez courtes et vont toujours être recentrées sur un personnage ou un événement. Ça peut être un processus aussi. Le temps qui se passe dans la nouvelle, ça peut être le temps long mais la façon dont c’est présenté, c’est assez synthétique et focalisé sur ce qui est important. Ça se rapproche assez de l’esthétisme du conte à mon sens. Avec une forme de stylisation des personnages, ils sont développés psychologiquement surtout le personnage principal. Le reste des personnages reste un peu dans le flou. Ils ont une ou deux caractéristiques et ça suffit. Ce sont souvent même des types et ce qui va importer, c’est comment ça se passe pour le protagoniste. Et il y a vraiment un resserrement jusqu’à la fin qui est souvent une chute c’est-à-dire qu’elle doit surprendre, amuser, qu’il doit y avoir une petite pique, un petit truc quand on termine.

Caroline :  Un twist.

Nolwenn : Oui voilà, un plot twist.

Caroline : Un plot twist ! Parce que tu as écrit un article aussi pour le blog des Infiniters que je vous invite à lire. Et il faudrait que je mette le lien d’ailleurs, ça serait pas mal ! On a mis la photo d’une hache.

Nolwenn : Oui j’avais mis des haches dans l’idée, parce qu’en fait en tant que rôliste, on a tendance à s’étendre quand on joue avec quelqu’un par écrit, on a envie de détailler beaucoup de choses comme les bouleversements psychologiques du personnage, sa réflexion, on aime nos personnages et on a envie de les développer. Alors que la nouvelle c’est l’inverse. On tranche dans le vif et il faut vraiment resserrer le propos pour aller à l’essentiel. Et ce n’est pas toujours facile !

Caroline : Après dans le roman aussi, on nous conseille, fin je sais que dans Stephen King Écriture, je ne sais pas si tu l’as lu ?

Nolwenn : Non pas celui-là.

Caroline : Il disait qu’en fait, lui il élimine tout ce qui est inutile. Même dans un roman. En tant qu’éditeur, c’est un peu ce qu’on essaye de faire, de voir ce qui est utile ou pas pour la narration.

Nolwenn : Je pense qu’un roman va développer une narration sur plus de choses. Par exemple, il y a soit une intrigue principale et des intrigues secondaires. Dans une nouvelle, on n’a pas d’intrigue secondaire ou vraiment très superficiellement. Après il y a des nouvelles, je pense qu’on peut grossir et transformer en roman en détaillant les étapes mais à mon avis, c’est ça qui fait la différence.

Caroline : Oui, c’est vraiment le format finalement.

Nolwenn : Le format et une forme de ton même s’il existe plein de types de nouvelles différentes. C’est vraiment ce côté du resserrement de l’action sur quelque chose en fait. Comme une petite loupe qui va mettre l’accent sur quelque chose.

Caroline : Une action, un événement. Voilà juste ça.

Nolwenn : Exactement.

Caroline : Qu’est-ce que je voulais dire, parce qu’on parlait d’édition et tu as aussi édité un recueil de nouvelles. Enfin est-ce que c’est des nouvelles ?

Nolwenn : Alors il y a des nouvelles dedans mais il n’y a pas que des nouvelles.

Caroline : Hum, il n’y a pas que ça…

Nolwenn : En fait, on a monté avec Alice de Castelanne que je salue au passage une association qui s’appelle Vermiscellanees et on a lancé un appel à textes qui a donné ce livre 99 variations façon Queneau. C’était un petit texte de base, vraiment de quelques lignes à base d’homme d’affaire pressé et de femme en robe de chambre et les auteurs se sont amusés à le transformer, à faire des exercices de style à partir de ça. Notamment dans le sens oulipien du terme avec des procédés d’écriture fixe. Il y a aussi des réécritures dans des genres différents, il y a une réécriture fantastique, une réécriture steampunk, une réécriture roman policier et il y a aussi des choses très fantaisistes qui vont être cryptées un peu comme dans un film d’espionnage. Il est pastiché façon Grand Auteur de la Littérature ou façon Kamelott aussi.  

Caroline : D’accord !

Nolwenn : Et il y a des scénarios.

Caroline : Il y a des poèmes ?

Nolwenn : Oui, des poèmes, des recettes de cuisine…

Caroline : Du coup tu citais 76 auteurs ?

Nolwenn : C’est ça, 76 auteurs pour 99 textes.

Caroline : Wow c’est vraiment impressionnant parce qu’on en reparlait tout à l’heure. Avec infinite, on a vocation d’ouvrir une maison d’édition où on voudrait aussi faire des œuvres collectives. Et on a un projet là qui arrive avec 10 auteurs et 5 textes et déjà ce n’est pas évident alors 99 textes…

Nolwenn : Et il y a une 100ème variation surprise aussi qui est en ligne et quelqu’un nous a envoyé un jeu de société tiré de ce texte de quelques lignes et le jeu de société, nous l’avons édité aussi.

Caroline : Ah d’accord !

Nolwenn : Justement dans le côté rapport ludique que peut avoir la littérature. Quelqu’un en a fait vraiment un jeu de société avec ses règles, ses cartes et complètement dans l’univers de ce texte de 4 lignes et c’est un peu le message de cette association. À partir de 4 lignes, on peut vraiment partir d’une petite situation un peu folle avec cette femme en robe de chambre qui perd ses lunettes et l’homme d’affaire pressé… On peut vraiment écrire et se l’approprier et développer 99/100/101 univers différents.

Caroline : Et là-dedans quel est le rapport avec le JDR ?

Nolwenn : Moi non, j’ai un texte dedans. C’est une variation de Marcel Proust donc ça n’a rien avoir.

Caroline : D’accord !

Nolwenn : En revanche, il y a plusieurs personnes qui se sont inscrites dans la culture geek en général et en tant que membre du comité de lecture, j’ai eu un énorme coup de cœur pour un des textes qui est un rapport de bug lié à un jeu vidéo, jeu de rôle avec un PNJ (personnage non joueur) qui sort du codage et commence à raconter n’importe quoi au personnage. Et devant les rapports de bugs, les gens ont décidé d’en faire une quête annexe.

Caroline : D’accord.

Nolwenn : L’idée, c’était vraiment d’intégrer toute forme de variation. Il y a aussi une section importante, c’est la langue sous toutes ses formes avec pleins de patois de régionalisme. Il y a quelqu’un qui l’a réécrit en patois calédonien, en bruxellois, en chti et c’est important pour moi. Je veux montrer des choses à la fois littéraires et des choses qui sont vraiment sur une langue moderne qui est en train d’évoluer. Le but c’est justement de montrer la diversité de ce qu’on peut faire en littérature.

Caroline : Et en parlant de chti, tu travailles sur un projet de roman du coup ?

Nolwenn : Oui !

Caroline : Sous un autre format parce que tu es passé du recueil de nouvelles à une œuvre collective avec plusieurs formats de texte et là tu travailles sur un roman qui se passe dans le Nord.

Nolwenn : Tout à fait !

Caroline : Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?

Nolwenn : Alors le roman s’intitule La pratique du nihilisme en plein air c’est tout un programme. C’est l’histoire de Max, un jeune homme qui découvre le métal extrême et y plonge corps et âme pour se faire accepter par un groupe d’amateur.

Caroline : C’est un bon pitch !

Nolwenn : Pitch en une phrase !

Caroline : Et voilà, c’est top.

Nolwenn : J’ai appris ça aux ateliers infinite et c’est vrai en plus.

Caroline : Mais c’est vrai, c’était marrant. On avait fait ça en rencontrant des éditeurs au Salon du Livre et on vous avait préparé parce qu’il fallait passer cinq minutes devant les éditeurs.

Nolwenn : Cinq minutes exactement !

Caroline : Moi je vous ai dit, non c’est trois minutes en fait avec deux minutes de plus pour pousser à l’infini voilà. Du coup, on avait travaillé sur le pitch et à présent, où en es-tu ?

Nolwenn : Je suis en correction !

Caroline : D’accord. Tu étais en réécriture pendant les vacances je crois ?

Nolwenn : C’est toujours correction et réécriture, c’est vraiment ensemble. Là je ne suis pas encore dans les corrections fines, il manque des petits bouts donc j’ajoute. Je fais les joints.

Caroline : Ok, je vois.

Nolwenn : Oui, les transitions, les joints. Comme je viens de la nouvelle, j’ai un côté très sec. Genre « il passe son Bac et puis voilà. » Et dans une nouvelle, c’est très bien. Mais dans un roman, on se dit pour une histoire d’initiation, peut-être que développer c’est bien.

Caroline : Donc là le but, c’est d’étoffer, de « remplir quelques trous ».

Nolwenn : Oui voilà, remplir des trous, travailler les intrigues secondaires, mettre en place la structure parce qu’il y a des choses qui sont résolus à la fin donc il faut bien vérifier qu’elles soient posées au début.

Caroline : Et Max, tu m’avais dit que ça venait aussi d’un forum RPG aussi ? C’est un personnage ?

Nolwenn : Oui c’est vrai. Max est tiré d’un personnage que j’ai beaucoup joué sur plusieurs forums. Des forums qui n’avaient rien avoir, des forums réalistes avec des âmes sœurs jusqu’au forum avec des mutants. À ce moment-là, tout le monde avait des pouvoirs super « badass », super dangereux et tout. Max, il pouvait faire des bulles d’obscurité qui ne servaient à rien. Il était là les mains dans les poches. C’était un peu l’ado attardé qui écoutait du gothique et qui n’en avait rien à faire de la vie. Du coup, il sortait quand même avec la plus jolie fille du lycée parce qu’elle le trouvait cool.

Caroline : Et du coup dans le livre, il sort avec elle ?

Nolwenn : Non, dans le livre il est un peu plus globalement mieux.

Caroline : D’accord. J’avais un personnage aussi comme ça, Joshua, je l’appelais le glandu, il ne servait à rien. Il était paresseux, il faisait que dormir et c’est sa sœur qui lui avait trouvé un boulot dans la boîte. Et on a justement une scène avec une ancienne copine où elle arrive et elle lui tire les oreilles et en fait il a des oreilles écartées.

Nolwenn : Nan mais c’est ça, c’est un peu le glandu.

Caroline : Glandu, je vois.

Nolwenn : Mais sympathique hein, glandu sympathique.

Caroline : Bah oui toujours, glandu sympathique. Et du coup tu fais aussi du JDR sur table ?

Nolwenn : Oui !

Caroline : Et entre JDR sur table, JDR sur forum et écriture, ça serait quoi le rapport pour toi ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Nolwenn : Aujourd’hui, je ne fais plus de JDR écrit pour une simple question de temps. L’envie est toujours là mais comme on écrit avec quelqu’un, il y a un engagement. Je n’aime pas faire attendre 20 ans la personne avant de lui envoyer une réponse. Et résultat, il faut quand même être dedans. Donc je l’ai arrêté il y a quelques années. Et c’est à ce moment-là, que je suis passé au JDR sur table. Mais le jeu de rôle, c’est du boulot aussi. Surtout que de temps en temps, je suis maître de jeu donc il faut préparer un petit peu.

Caroline : Faudrait que tu masterises un jour dans une rencontre. Quand tu seras prête !

Nolwenn : Oui, mais je pense que je suis prête.

Caroline : Ah d’accord, c’est noté ! Je pense que ça sera en novembre avec les infiniters.

Nolwenn : Mais en fait, le jeu de rôle souvent, c’est un peu l’espace d’expérimentation où je vais essayer des choses, je vais roder les personnages aussi. Tenter des choses que je ne tenterais pas forcément en texte parce que ce n’est pas ma zone de confort en fait.

Caroline : D’accord.

Nolwenn : En forum, j’ai vraiment fait pleins pleins de choses très différentes. J’ai aussi expérimenté l’historique et en fait l’historique en forum, faut vraiment être solide derrière parce qu’il y a plein de situations où on se pose des questions finalement. Ça m’a appris à être rigoureuse sur ce point là.

Caroline : Tu étais admin d’un forum XIXème siècle ?

Nolwenn : Oui !

Caroline : Moi aussi !

Nolwenn : C’est bien ! Et en fait, j’avais fait un deal avec mes joueurs, je leur ai dit : écoutez, je ne veux pas d’anachronisme énorme mais en revanche je m’engage à répondre à toutes vos questions même les plus bizarres.   

Caroline : D’accord. Donc tu as eu quoi comme question bizarre ?

Nolwenn : Alors on m’a demandé comment on couchait à l’époque.

Caroline : Ah.

Nolwenn : Parce que ce n’est pas le même rapport au corps et selon qu’on est marié ou pas, ça ne se passe pas de la même façon. Donc en fait, c’était une très bonne question. On m’a demandé comment était les toilettes à l’époque techniquement à quoi ça ressemblait parce qu’avec la robe comment on gère… On m’a demandé c’est quoi le prix d’un sac en cuir à ce moment-là pour savoir si le personnage un peu pauvre pouvait se l’acheter ou pas. J’ai eu pleins de questions mais souvent la question ouvre quelque chose. Il n’y avait pas de question absurde.

Caroline : Il faut toujours se poser des questions. Dans la vie et même dans l’écriture parce qu’après ça peut mener à des incohérences et c’est toujours intéressant. Après ce que je dis parfois dans l’écriture ou même dans des jeux de rôle, il ne faut pas trop se prendre la tête.

Nolwenn : Non, surtout le JDR. Mais bon moi c’est parce que je suis une psychopathe.

Caroline : Psychopa-pattes.

Nolwenn : Le forum, le design c’était que des tableaux d’époque.

Caroline : D’accord.

Nolwenn : Et les avatars aussi !

Caroline : Ah oui d’accord.

Nolwenn : C’était vénère mais en même temps ça a crée une immersion. Et ça faisait qu’on se sentait vraiment dedans. Et à côté de ça, j’ai vraiment essayé d’être disponible pour donner aux joueurs quoi faire. L’idée c’était que l’historique, c’était un peu contraignant sur la base mais ensuite il y avait plein de possibilité de nouvelle du fait d’être vraiment dans l’époque. On a fait des choses au théâtre du grand Guignol qui était un théâtre complètement sanguinolent. Pleins de choses qu’on ne voit pas toujours dans les représentations du XIXème parce qu’on s’imagine que c’est très sage. Spoiler, ce n’est pas sage du tout ! C’est même n’importe quoi… et c’est pour ça que c’est bien.

Caroline : Du coup c’était France XIXème siècle c’est ça ?

Nolwenn : Oui c’est ça !

Caroline : D’accord.

Nolwenn : Oui parce que la France a l’avantage d’être un petit moins pudibonde que les victoriens.

Caroline : C’est ça ! Parce que moi mon forum, c’était Jane Austen. Un simple toucher, c’était très romantique.

Nolwenn : C’était très codifié.

Caroline : C’était d’autres codes. Mais il fallait respecter les normes, les conventions sociales, les manières de parler. Nous, on avait des avatars réalistes. Mais toujours on leur disait qu’il fallait prendre des photos d’époque.

Nolwenn : Oui de film d’époque. Comme il y a eu pas mal de films Jane Austen…

Caroline : Ça a été ! Bon bah du coup, je crois qu’on arrive à terme de l’interview.

Nolwenn : Oui !

Caroline : N’hésitez pas, de toute façon cette vidéo sera en replay sur notre chaîne Yyoutube et on va la faire circuler et je ne sais pas si tu veux dire quelque chose pour finir.

Nolwenn : Bah merci de nous avoir écouté déjà ! Merci à Caroline de m’avoir invitée pour cette interview et puis le XIXème siècle c’est bien !

Caroline : XIXème c’est bien, le JDR c’est bien !

Nolwenn : Le JDR au XIXème c’est bien !

Caroline : Le JD, le XIXème c’est bien, l’écriture et les nouvelles XIXème c’est bien !

Nolwenn : Après le pas XIXème c’est bien aussi.

Caroline : Oui c’est bien aussi. Apparemment vous étiez une dizaine à nous regarder en direct tout à l’heure donc merci à tous ! Et n’hésitez pas à poster sur notre page Facebook ou l’événement Facebook ou notre Instagram, la chaine Youtube ainsi que Twitter. On a aussi un serveur Discord si vous voulez nous rejoindre sur Infinite RPG, c’est une plateforme d’écriture collaborative. C’est un peu une alternative au forum RPG. Vous pouvez vous inscrire gratuitement sur la plateforme et nous rejoindre sur le Discord. Voilà voilà et comme je disais au tout début de l’interview, vous pouvez nous retrouver sur Paris lors de nos ateliers, nos rencontres, nos masterclass et du coup la masterclass de Nolwenn, ce sera le lundi 5 novembre à 18h30 à l’Extra Life Café. Donc merci encore à l’Extra Life pour le micro et pour le lieu. À bientôt !

Nolwenn : À bientôt !

Céline Suffrin

A propos Céline Suffrin

Blogueuse, intagrameuse et infiniter depuis 2015, je suis la petite personne se cachant derrière le pseudo Novaish.

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