Mémoire : Jeu de rôle, loisir en mutation ou en déclin ?

Dans son travail de recherche Jeu de rôle, un loisir en mutation ou en déclin ? (2006), Christophe Voisin s’interroge sur le devenir même du jeu de rôle. Après la déferlante des années 80, où se situe aujourd’hui le jeu de rôle ? Est-ce toujours l’effervescence ou au contraire une mode tombée en désuétude ?

Théoriser le jeu de rôle

Notre auteur se livre tout d’abord à une approche théorique du jeu de rôle. Christophe Voisin étant rôliste à ses heures, on imagine aisément avec quel plaisir il a pu effectuer ses investigations. Il retrace l’histoire mouvementée du jeu de rôle, depuis le premier wargame Tactics, en 1952, jusqu’aux « livres dont vous êtes le héros » et tâche de définir les diverses pratiques liées au jeu de rôle.

Grandeur et décadence du jeu de rôle

A priori, le jeu de rôle a tout pour séduire le grand public : appel à l’imagination, créativité, interactivité, socialisation…

C’est ainsi que les années 80 voient la multiplication par cinq du nombre d’associations de jeux de simulation recensées, la création de nouvelles sociétés de production, mais surtout une explosion du nombre de joueurs, alors évalués à 500 000.

Cependant, Christophe Voisin remarque une « évolution des pratiques » au sein de cette belle communauté de rôlistes, liée selon lui à « l’arrivée de nouvelles formes ludiques comme le jeu vidéo » mais également à un « problème de transmission de ce loisir ». Les chiffres sont évocateurs : de 500 000 membres dans les années 80, cette communauté s’est peu à peu fragilisée pour comptabiliser en 1995 seulement 40 000 joueurs. Après avoir atteint un stade critique, une hausse significative se fait ressentir avec environ 100 000 joueurs au début des années 2000.

Autre prodrome de cette chute, la « surmédiatis[ation] de façon péjorative » du jeu de rôle. Dans les années 90, la presse alarme le grand public, les pratiques des rôlistes sont qualifiées de « déviantes », et les scandales (affaire Carpentras, suicides d’adolescents) se suivent pour finalement diaboliser le jeu de rôle et ses adeptes. C’est la fin de l’âge d’or du jeu de rôle, qui se voit décrié par de grands chercheurs dont les travaux seront relayés par les médias. Un véritable abattage public.

Un autre symptôme de cet effondrement du nombre de rôlistes est pointé par l’auteur de ce travail : « le désintérêt institutionnel pour ce loisir ». Les associations de jeux de rôle ne sont pas accompagnées car ces loisirs souffrent d’une « méconnaissance » certaine et n’ont été qu’un « effet de mode passager ». A contrario, alors que notre auteur estime que les associations ont besoin des institutions pour pérenniser leurs activités, il pointe le « repli défensif » et le « souhait d’autonomie » des réseaux associatifs. Néanmoins, certains associations réclament un soutien, un accompagnement et expriment un « besoin de reconnaissance » car, « correctement encadrées », le jeu de rôle ne peut être que source d’épanouissement et pourrait ainsi devenir un véritable outil éducatif.

Une typologie du rôliste

Christophe Voisin relaie le grand sondage de Casus Belli datant de 1995 pour constituer une véritable typologie du rôliste, presque entièrement masculin (à 97,5%) et réservé aux 18-25 ans. Quatre ans plus tard, c’est la sociologue Émilie Blosseville et ses « des états généraux du jeu de rôle », qui dresse un état des lieux de ce loisir. Elle constate le vieillissement du rôliste, âgé en moyenne de 23 ans et surtout un déclin de la pratique chez les adolescents. Mais en 2017, où en sommes-nous?

Investigation sur le terrain

La théorie ne saurait suffire à Christophe Voisin qui mène une véritable enquête auprès de diverses associations (la FFJDR, le Club Loisirs Dauphine, le Kollectif jeu…) et de professionnels (le magasin L’Oeuf cube, l’animateur et responsable de la partie JDR d’une ludothèque…).

À l’issue de cette enquête, il apparaît que la population des pratiquants de jeux de rôle se caractérise par « la notion de communauté », qui possède ses propres ressources et références, donc qui constitue un « micro-milieu ». Et il constate également, tout comme l’a fait Émilie Blosseville, que la communauté de rôlistes a vieilli, que les adolescents se font plus rares. Ainsi, même si « le jeu de rôle est socialisant », il l’est pour une communauté restreinte. Et cette dernière ne semble pas parvenir à transmettre son savoir à la génération suivante, ce qui constitue pour notre auteur une cause majeure du déclin du jeu de rôle.

Mais surtout, c’est la « facilité d’accès au jeu vidéo » qui a été un facteur de « non-renouvellement de la population rôliste initiale ». Tous s’entendent sur le fait que le jeu vidéo online, et ses univers virtuels associés, ont été un véritable raz-de-marée pour le jeu de rôle usuel.

Il paraissait évident de considérer le jeu de rôle comme agonisant dans les années 90. Mais la communauté de joueurs semble s’étoffer de nouveau, et découvre de nouvelles voies pour pratiquer le jeu de rôle. La déchéance semble avoir laissé place à une véritable mutation de cette pratique, véritable « mouvance ».


Téléchargez le mémoire Jeu de rôle, un loisir en mutation ou en déclin ? (2006), Christophe Voisin

Jonathan Epaillard

A propos Jonathan Epaillard

Stagiaire en Rédaction et Community Management chez Infinite RPG.

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