Le new adult, révolution de la romance ou coup de publicité ?

Présenté comme un genre nouveau, le new adult fascine du fait de son succès.

Genre littéraire venu des Etats-Unis, le new adult est une romance érotique écrite à la première personne. Le point de vue des deux protagonistes principaux et alternés et le vocabulaire souvent simple, voire familier. Ce genre littéraire touche un public essentiellement féminin entre 15 et 25 ans.

La revue Lecture Jeune décortique cette tendance dans son numéro d’été 2017 La romance décomplexée. Dans ses pages, sociologues et spécialistes analysent ce phénomène récent et tentent de déterminer s’il est effectivement si révolutionnaire qu’il le laisse paraître aux premiers abords…

 

L’origine de la new adult

Magali Bigey, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, explique que, dès les années 80, les maisons d’édition ont tenté d’approcher les adolescents avec des collections spécialement créées pour eux. Harlequin lance « Teenagers » et Hachette, « Sweet Dreams ». Face à l’échec des deux collections, les professionnels de l’édition ont été obligées de se rendre à l’évidence : les adolescents sont désormais attirés par la littérature young adult (jeune adulte). Ces derniers souhaitent se projeter vers l’avenir, échapper à leur quotidien et trouver des héros qui pourraient les initier à la sexualité. De plus, lire un ouvrage adressé à un public plus âgé relève de la transgression et apporte un élément d’excitation à la lecture. C’est pour ces raisons qu’ils sont friands de new adult.

De nos jours, l’offre de new adult est abondante. Les leaders sur le marché français sont Hugo & Cie avec sa collection « New Romance », Milady avec « New adult et Romantica » et Harlequin avec « &H ».

Ce genre est apparu avec 50 nuances de Grey d’E.L. James, fanfiction de la série Twilight de Stéphanie Meyer. L’une des raisons de ce succès est sans doute le fait que le public, fan de cette série d’ouvrages, a évolué et qu’il s’intéresse désormais à la sexualité, souhaitant s’initier dans ce domaine.

 

couvertures de new adult

 

Une étude de 2013, menée sur 650 lectrices, par Magali Bigey (« 50 nuances de Grey : du phénomène à sa réception », Hermès, La Revue n°69, CNRS, Editions 2014), montre qu’un quart des lectrices sont des femmes de 15 à 25 ans. Les principales raisons qui ont motivé leur lecture de ce roman sont : la « curiosité », le fait que cela « parle de sexe » et « pour se faire leur propre opinion ».

Les archétypes des personnages de new adult

Dans la plupart des romances, Anaïs Rey-Cadilhac et Christine Détrez distinguent plusieurs stéréotypes de personnages qui se retrouvent d’un roman à l’autre.

Les modèles féminins

  • La « garce » : séductrice, superficielle et idiote, la garce est la rivale de l’héroïne en amour. Elle est uniquement décrite par ses qualités physiques et ne recule devant aucun coup bas pour arriver à ses fins. Il arrive souvent que son amour pour le héros ne soit pas sincère : elle ne voit en lui qu’un accessoire pour assurer sa popularité.
  • La mère : adulée, la mère est la conseillère du héros. Elle n’est jamais décrite en dehors de sa fonction maternelle.
  • L’héroïne : différente des autres filles, c’est pour cela qu’elle gagnera le cœur du héros. Elle est, en général, peu populaire et se critique souvent elle-même. Mais elle est toujours féminine et prévenante et c’est sa douceur qui calmera le cœur meurtri du garçon.

Les modèles masculins :

  • Le bad boy : très beau, il porte souvent une veste en cuir. Il est d’apparence insensible, mais c’est parce qu’il cache une blessure secrète et c’est grâce à l’héroïne qu’il réussira à surmonter sa souffrance et devenir quelqu’un de bien.
  • Le gentil garçon : antagoniste du bad boy, il est doux et gentil. Il est aussi amoureux de l’héroïne et ils formeront un triangle amoureux avec le bad boy. À la fin, le gentil garçon est souvent délaissé, au profit de son rival.

Le new adult, un genre qui bouleverse les mœurs sociales ?

Décrit comme un genre nouveau, le new adult peut-il réellement être considéré comme une révolution de la littérature ?

En analysant les archétypes de personnages, Anaïs Rey-Cadilhac et Christine Détrez se sont rendues compte que même si le personnage féminin était désormais capable de faire le premier pas dans une relation amoureuse, les réactions à son égard, elles, n’ont pas changé.

 

 

Ainsi, une héroïne doit être peu expérimentée, elle ne couche que par amour. On exige d’elle un comportement sexuel exemplaire selon les conventions sociales : elle doit être fidèle, monogame et ne se réserver qu’à un seul garçon. Ce dernier, en revanche, est qualifié de « tombeur » ; il peut séduire toutes les filles sans être inquiété pour sa réputation. De même, une héroïne trop réservée est appelée « frigide » et si elle est expérimentée, on la considère « salope ».

Malgré une apparence évolution du reflet des mœurs de notre société, le new adult cache en réalité des représentations sociales très conservatrices : les baisers doivent être réservées à l’homme de sa vie, le mariage est une finalité et la maternité, le seul accomplissement possible en tant que femme.

Néanmoins, dans Reading the romance, Janice A. Radway nuance ces propos en affirmant que, dans le new adult, le pouvoir des femmes réside dans le fait de pouvoir transformer un homme brutal en véritable prince charmant. Peut-on considérer cela comme une émancipation ou, au contraire, une manifestation stéréotypée d’un schéma traditionnel ?

Que penser de ce phénomène autour du new adult ?

Peut-on donc conclure que le new adult est une révolution du genre ou une simple tendance marketing ? Selon moi, il faut nuancer ce questionnement : le new adult révolutionne les formats de lecture avec des chapitres plus courts et son langage plus accessible pour des lecteurs non initiés. De plus, il démocratise l’érotisme et déculpabilise les lectrices : il est désormais socialement accepté de lire ce genre d’ouvrages. Néanmoins, les histoires véhiculent souvent des visions stéréotypées et traditionnelles de la femme. Et c’est pour cela que l’on ne peut pas considérer ce phénomène comme complètement révolutionnaire.

Calixthe Tandia

A propos Calixthe Tandia

Stagiaire en édition et en community management chez infinite RPG

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